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SECTEUR DE L'ISLE-ADAM

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Témoignage du Docteur J. Aubry, médecin au 264ème RI.

- 9 au 12 juin 1940 -  

 

        Déjà en défense de l’Oise, nous avons décroché (une fois de plus) de Cinqueux, près de Liancourt où nous étions en contact avec quelques éléments allemands avancés, dans la matinée du dimanche 9 juin et à marche forcée se défiant de l’aviation, suivant la rive nord-ouest de l’Oise par Mello et Neuilly-en-Thelle nous avons franchi le pont de Beaumont (dans la soirée) encore intact.

 

        Le 10 juin à 14 heures après la nuit passée dans la forêt de Beaumont, bourrée de troupes, le 2ème bataillon du 264ème R.I. dont j’étais le médecin recevait l’ordre d’aller prendre position à l’Isle-Adam.

 

                    « Ici j’ouvre une parenthèse pour signaler l’étrange coïncidence qui envoyait là pour combattre, un élément du 264ème R.I. presque entièrement composé de survivants du 337ème R.I. décimé sur la Meuse un mois auparavant, régiment qui de septembre à novembre 1939 était cantonné à l’Isle-Adam et Mériel et avait édifié les quelques défenses existantes. »

 

        Longeant les bords de l’Oise où l’artillerie camouflée dans les boqueteaux était déjà en position, nous arrivons en bordure de forêt en haut de la côte. L’agglomération au moment où les premières rafales de mitrailleuses se faisaient entendre du côté de Parmain. Nous descendons rapidement vers l’intérieur de la ville, repérons sur la gauche le P.C. du commandant Andlauer à qui je demande où installer le poste de secours. Etant laissé à ma propre initiative, je cherche à proximité, l’expérience me conseillant, une bonne cave, où infirmiers, brancardiers et moi-même serions en tranquillité.

 

        Au cours de mes recherches, j’ai la bonne fortune de trouver dans la clinique du Docteur Senlecq, une cave voûtée profonde et si besoin est…. ce qu’à ce moment je ne crois pas une salle d’opération.

 

        Il y a deux jours que nous n’avons pas mangé et les roulantes n’existant plus depuis longtemps, mes infirmiers partent à la recherche du ravitaillement. Ils reviennent quelques temps après avec quelques œufs et de la salade qui seront notre seule alimentation pendant les trois jours qui vont suivre.

 

        Mon effectif sanitaire était composé de mes fidèles infirmiers du 337ème R.I. : Soupènne, Ronét, Le Gaze, Phily, et de mes non moins fidèles brancardiers du 337ème R.I. Caporal Guibert, Girardeau, Gendre. Et de onze brancardiers volontaires récemment recrutés : Brommie, Duchesne, Roche, Lalland, Riou, Rocher, Gaussier, De Wandel, Jacob, Pauly, Alin.

 

        Je reçois l’ordre d’envoyer un certain nombre à chaque compagnie. Brommie, Duchesne, Roche, Lalland vont au P.C. de la 5ème Compagnie ; Riou, Rocher, Gaussier au P.C. de la 6ème Compagnie ; De Wandel, Jacob, Pauly, Alain au P.C. de la 7ème Compagnie se groupant d’eux-mêmes par sympathie.

 

        Que dire de ces trois journées du 11, 12, 13 juin ?

 

        Si je connais bien les lieux, je ne connais pas le dispositif du combat. Je sais seulement  que les éléments de la 13ème D.I. sont déjà en position à notre arrivée dans le bas de l’Isle-Adam en bordure de l’Oise. De plus ces trois journées, je les ai vécues avec mes infirmiers dans la cave de la clinique. Tous nous gardons le souvenir d’un terrible bombardement d’artillerie par bonheur de « fusants  » Quand a-t-il commencé exactement ? Quand a-t-il fini ?

 

                    Nous avons au fur et à mesure des heures qui passaient aménagé notre abri en prélevant des matelas dans les chambres de la clinique et en bouchant les ouvertures pour éviter les éclats.

 

        Des faits tragiques sont arrivés, telle la mort du Caporal Cormaux arrivé au poste de secours avec une fracture ouverte du bras droit et un arrachement complet de la cuisse, il ne souffrait pas ; il est mort le 12 juin à 12 heures 15, une heure après son arrivée, nous l’avons enterré après avoir creusé une tombe dans le jardin. Nous avons en tout 32 blessés, dont 20 graves évacués jusqu’au moment où toute communication étant rompu avec l’extérieur, les ambulances n’arrivant plus, les blessés se sont entassés dans cet espace réduit.

 

        Je me permets de citer un fait tragi-comique. Une nuit, à un moment d’accalmie alors que nous avions cédé à un court moment de sommeil, nous sommes réveillés en sursaut par des hurlements et l’irruption de deux brancardiers soutenant une femme, hagarde, manifestement folle. J’ai essayé de la faire taire par tous les moyens, même en la bâillonnant car ses cris pouvaient nous faire repérer. En fin de compte j’eu l’idée lumineuse de bondir dans la salle d’opération, de me saisir d’un flacon de chlorure d’Ethyle pour anesthésie générale et après l’avoir ligotée sur une chaise de l’endormir à fond. Nous l’avons transportée dans le garage attenant à la clinique et l’avons laissée là, toujours endormie et ligotée. Mystère… le lendemain elle avait disparue.

 

        Fait de bravoure. Celui des brancardiers des 4ème, 5ème, 6ème Compagnies.

 

                    Des blessés graves signalés un peu partout, alors que la réponse du P.C. du bataillon avait été de n’envoyer personne pour les relever tant que le bombardement durerait, ces brancardiers ont exigé un départ immédiat et sont partis malgré mon ordre sous le bombardement. Je ne les ai pas revus. Les blessés continuaient à envahir le poste de secours, des Nords-Africains étaient parmi eux, tous blessés par éclat que j’extirpais dans la mesure du possible. Les heures et les jours avaient passé.

 

        Le 12 au soir le bombardement semblait s’atténuer, les blessés n’arrivaient plus, lorsqu’un planton du P.C. vient m’avertir que nous décrochons immédiatement, les allemands commencent à s’infiltrer. Je fais le compte de mes blessés, vingt environ ne pouvaient marcher. Je bondis auprès du commandant Andlauer lui demandant une voiture. « Je n’en ai pas » me dit-il. « Toutes les voitures de liaison, ravitaillement ou autres ne sont pas revenues ». Je réfléchis et lui fis mes adieux estimant que je ne pouvais abandonner mes blessés et que je serai prisonnier avec eux. Je retournai au poste de secours et fis part de mon entrevue, je laissai mes infirmiers libres de faire ce qu’ils voulaient, tous voulurent rester. Quand tout à coup un soldat polonais vint me prévenir que les blessés pourraient être transporté sur leurs attelages anti-chars. Ce ne fut pas long, en quelques instants le poste de secours était évacué et dans la nuit noire nous installions nos blessés et remontions vers la forêt, laissant derrière nous l’Isle-Adam chèrement défendue.

 

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